Diagnostic de performance énergétique (DPE), pré-diagnostic et diagnostic thermiques, audit énergétique, étude de faisabilité d'approvisionnement énergétique, réglementation thermique...autant de missions dans un marché porteur qui mélange les offres de service pour ceux qui souhaitent améliorer la qualité de leurs biens immobiliers et réaliser des économies d'énergie. Une clarification ne semble pas inutile.
Le marché de la construction des bâtiments connaît un sérieux coup de frein depuis le 2ème semestre 2008 pour des raisons largement connues. Aussi, les habituels acteurs de l'énergétique (bureaux d'études thermiques, ingénieurs conseils, architectes) déplacent leurs activités vers les bâtiments existants qui, bénéficiant d'une conjoncture d'incitations financières importantes, représentent un pôle d'activités en nette croissance. Par ailleurs, des obligations réglementaires dans le secteur existant ont été mises en application récemment.
L'obligation en cas de transaction immobilière, de réaliser des diagnostics plomb, amiante, termite, et enfin le DPE depuis novembre 2006, a fait apparaître de nouveaux acteurs : les diagnostiqueurs immobiliers. Sur le très gros marché du DPE (2 millions de transactions annuelles), cette profession récente a du se former dans l'urgence sur ce nouveau sujet. Seulement 2 ou 3 jours de formation sont supposés suffisants pour être apte à réaliser cette mission avec une technicité évidemment restreinte. Le métier s'est un peu « moralisé » depuis 2008 avec la mise en place des certifications de personnes physiques.
La baisse du marché de l'immobilier liée à la diminution des prêts alloués par les banques a fait chuter l'activité liée aux DPE. Si bien que ceux qui le pratiquaient se positionnent maintenant sur le marché actif des audits énergétiques, profitant du mélange des genres, mais sans toute la compétence requise et avec des devis parfois allégés.
Le résultat est l'apparition d'une concurrence sauvage mettant les bureaux d'études spécialisés en porte à faux sur le coût des missions et trompant les clients qui ont trop souvent tendance à choisir les moins-disant.
CLARIFICATION
Pour tenter d'éclaircir ce contexte, le plus simple est d'abord de décrire les différentes missions :
Le DPE est une obligation réglementaire lors de la location ou la vente d'un bien qui consiste à fournir des étiquettes « énergie » et « CO2 » et des recommandations de travaux qui ne sont que des pistes d'amélioration à approfondir avec un bureau d'études, l'entreprise ou l'artisan si des travaux d'amélioration sont envisagés. Le DPE est un diagnostic très simplifié pouvant être pratiqué par un non spécialiste, comme le diagnostiqueur immobilier, en particulier en habitat et au coup par coup, puisqu'il l'intègre dans un bouquet de missions (amiante, plomb, termites, loi Carrez, gaz,...). En revanche, sur un parc de logements ou pour des bâtiments tertiaires, le gestionnaire à tendance à faire réaliser le DPE sur l'ensemble : il est alors préférable de faire appel à un thermicien qui gérera mieux les différents cas de figures (chauffage individuel ou collectif, immeubles d'avant ou d'après 1948, etc...)
La réglementation thermique des bâtiments existants doit être obligatoirement appliquée si des travaux sont envisagés.S'il s'agit de petits bâtiments <1000m²Shon) ou de travaux très partiels, aucun calcul n'est exigé. L'entreprise doit simplement mettre en œuvre des produits ou systèmes atteignant des performances suffisantes. Si des travaux importants sont prévus sur des bâtiments de plus de 1000m²Shon, alors un calcul doit être réalisé par un thermicien pour justifier que ces travaux engendreront suffisamment d'économies d'énergie. En outre, dans ce cas, le thermicien doit obligatoirement effectuer une étude de faisabilité d'approvisionnement énergétique comparant en consommations, en émissions de CO2 et en coûts différentes sources d'énergie, dont les énergies renouvelables disponibles sur le site. On ne devrait pas s'improviser « thermicien » sur cette question.
Le pré-diagnostic, le diagnostic et l'audit énergétique sont des missions d'ingénierie plus ou moins poussées qui doivent être assurées par des thermiciens. Généralement et en dehors des réglementations en vigueur, le maître d'ouvrage demande aux spécialistes quels pourraient être les travaux à envisager en fonction du site, de l'état initial du bâtiment, de son mode d'occupation et de gestion, des budgets disponibles, de ses préférences, du confort des occupants et des critères économiques et environnementaux. Ce travail suppose de réelles compétences de thermicien et des moyens adaptés (logiciels d'analyse thermique, mesures in situ, thermographie IR,...).
POUR UNE OFFRE DE SERVICES ADAPTES
La réhabilitation énergétique d'un bâtiment nécessite donc une mission de conseil et des justifications réglementaires sur cette mission et les travaux à réaliser.
Le marché de la rénovation de la maison individuelle est énorme mais l'objet de chaque étude est « petit » et son budget l'est également. Les bureaux d'études thermiques ne peuvent pas « vendre » des prestations identiques à celles fournies pour un immeuble ou un bâtiment tertiaire. La technicité requise pour traiter les maisons est généralement moins poussée. Cependant, il faut être très attentif aux maisons anciennes lorsqu'on les réhabilite.
Les diagnostiqueurs ayant la « fibre » énergéticienne peuvent prendre à bras le corps cet important marché qui ne peut pas être entièrement couvert, loin s'en faut, par les bureaux d'études. Des méthodes de prévision simplifiées, une réglementation sans calcul sont un cadre adapté pour ces non-spécialistes dont le rôle est primordial sur ce secteur au regard de ses impacts énergétiques et environnementaux.
Il est à souhaiter que les énergéticiens de métier puissent continuer à exercer sur leurs secteurs dans des conditions qui garantissent des prestations fiables à leurs principaux clients, maîtres d'ouvrage publics ou privés, gérant des bâtiments plus importants ou plus complexes.
Si vous êtes pressé...
Il n'y a pas de torchons et de serviettes, il y a des compétences et des acteurs complémentaires sur un marché par nature extrêmement diversifié. Harmoniser ce jeu d'acteurs est une réelle nécessité face aux défis auxquels il faut répondre en toute urgence. Se marcher sur les pieds serait un moyen très inefficace pour avancer.